
Dans les gorges profondes... entre Goris et Tatev
- Maya APRAHAMIAN

- 13 sept. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 sept. 2025
J8
Après une très belle étape à Goris — ville où ont émergé une centaine d’hôtels et une cinquantaine de boulangeries ces dernières années, avant la perte du Haut Karabagh qui marque un vrai frein économique — nous quittons les lieux pour un pont suspendu : vieille pomme ou gorge profonde, au choix. Khnedzoresk, ou quelque chose d’approchant. Khnzdor signifie pomme.
415 marches pour l’atteindre.
La cousine et moi accompagnons nos hommes sur les premières lattes du pont, puis faisons demi-tour. De l’autre côté, le village troglodyte abritait jadis 5 000 habitants et de nombreux commerces. Le dernier a quitté les lieux en 1953. Depuis, silence et pierres.
Sur le chemin du retour, nous croisons un groupe d'hispanophones que nous reverrons à plusieurs reprises. Puis la remontée des 415 marches s’amorce — presque facile.
En haut, trois motards moscovites sur des BMW GS, les mêmes que mon homme enfourchait en Argentine il y a six ans. Petite parenthèse : d’après notre guide, les Moscovites échappent à l’enrôlement, seuls les habitants des régions rurales sont envoyés à la guerre en Ukraine. Politique étrange et triste.
Quelques kilomètres plus loin, nous attendons notre guide de randonnée. Never finit par arriver : un grand échalas en tenue militaire… sans sac, sans bâtons, un vieux portable en poche et surtout des chaussures de ville usées.
Passée la surprise, nous amorçons la descente. Les estimations divergent : 500 mètres de dénivelé selon moi, 250 selon le mari de la cousine. Quoi qu’il en soit, une heure de descente avant d’atteindre la rivière, au cœur de la « gorge du paradis des fruits ». Figuiers, noyers à profusion, vignes de muscat en lianes, cerisiers amers : ça pousse partout.
Never raconte en chemin. Militaire chargé de veiller sur ce coin, il a aussi fait la guerre — des guerre de drones, mais pas seulement. Dans son village, beaucoup d’hommes enrôlés ne sont jamais revenus. Pourtant il garde le sourire. Ici, la nature recharge ses forces.
Un panneau montre la faune locale : ours, lynx… qu’il a déjà croisés.
Après quelques heures, nous atteignons l’hermitage de Tatev, naguère refuge en cas d’invasion. Jadis, il aurait été relié au monastère principal par un passage secret. Tatev domine la falaise, à plusieurs centaines de mètres au-dessus.
Nous recroisons les femmes hispanophones : l’une d’elles, venue d’Argentine, connaît une amie de la cousine. Le monde est décidément minuscule.
Au pont du diable, après 17 kilomètres à pied, nous renonçons à descendre en rappel pour plonger dans les sources chaudes. Mais une séance dans ce doux enfer naturel m'aurait bien tentée !
Notre chauffeur nous dépose ensuite à Tatev où ma veste en mérinos fait sens. Il doit faire 13 degrés.
Ce complexe monastique et universitaire, dont les premières traces remontent au IVe siècle, accueillit à une époque plus de mille étudiants. L’université rivalisait presque avec Etchmiadzine, le Vatican arménien. Aujourd’hui, quelques moines vivent encore sur place. L’église principale, dédiée à saint Pierre et saint Paul, impressionne par sa beauté simple.
Le soir, nous dormons à Tatev, dans un hameau très pauvre, chez l’une des six sœurs de Never avec table d'hôtes incluse. Sur le chemin, des enfants transportent des bonbonnes d’eau : signe que l’eau courante n’arrive pas partout.
Demain matin, retour à Erevan, vers des températures plus estivales.
Dans notre chambre, les deux couvertures ne sont pas de trop et je ne lâche pas ma veste en mérinos ni mes chaussettes.















































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